En parcourant la vallée de la Vézère, vous découvrirez rapidement pourquoi ce territoire exceptionnel est surnommé le berceau de la Préhistoire européenne. Plus de 200 gisements paléolithiques se succèdent sur 40 kilomètres entre Montignac et Les Eyzies. Cette concentration unique au monde interroge : qu’est-ce qui a attiré nos ancêtres dans ce coin du Périgord pendant plus de 400 000 ans ?
Des conditions naturelles favorables à l’occupation humaine
La vallée offrait aux hommes préhistoriques tout ce dont ils avaient besoin pour survivre. La Vézère et ses affluents regorgeaient de poissons, tandis que les forêts environnantes abritaient un gibier abondant : cerfs, bisons, rennes selon les périodes climatiques. Les falaises calcaires, criblées de grottes et d’abris sous roche, offraient une protection naturelle contre les intempéries et les prédateurs. Ces cavités maintenaient une température constante, autour de 12 à 14°C, appréciable lors des périodes glaciaires.
Le calcaire local fournissait également une matière première précieuse. Les silex de qualité, indispensables à la fabrication d’outils tranchants, affleuraient naturellement dans cette roche sédimentaire. Nos ancêtres n’avaient qu’à se baisser pour récolter de quoi façonner leurs outils de chasse, de découpe et de gravure. Cette accessibilité des ressources explique partiellement l’occupation continue du territoire, d’Homo erectus à Homo sapiens en passant par Néandertal.
Une conservation exceptionnelle des vestiges
Si nous connaissons aujourd’hui autant de sites en Dordogne, c’est aussi grâce à des conditions de conservation remarquables. Les grottes et abris sous roche ont protégé les vestiges des éléments destructeurs pendant des millénaires. La roche calcaire a agi comme un écrin préservateur, maintenant peintures, gravures et objets à l’abri de l’érosion.
L’humidité constante des cavités a certes lessivé certaines peintures au fil du temps, comme aux Combarelles où seules subsistent les gravures. Mais cette même humidité a aussi favorisé la formation de calcite qui a recouvert et protégé de nombreuses œuvres. Sans ce voile minéral naturel, beaucoup d’entre elles auraient disparu.
Les conditions géologiques stables de la région ont également joué un rôle protecteur. Contrairement à d’autres zones sujettes aux effondrements ou aux infiltrations massives, les grottes de la vallée de la Vézère sont restées relativement intactes depuis leur décoration par les artistes magdaléniens.
Une tradition de recherche et de protection
La richesse préhistorique de la vallée ne s’explique pas uniquement par la géologie. Depuis plus de 150 ans, chercheurs et préhistoriens se passionnent pour ce territoire. Les premières fouilles méthodiques ont débuté au XIXe siècle, établissant une chronologie qui fait encore référence aujourd’hui dans le monde entier.
Les sites de La Micoque, Le Moustier et La Madeleine ont donné leur nom aux grandes cultures préhistoriques. Cette continuité dans la recherche archéologique a permis d’identifier et de protéger un nombre croissant de vestiges. Le classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 a renforcé cette protection, garantissant la transmission de ce patrimoine aux générations futures.
Aujourd’hui, le Musée national de Préhistoire aux Eyzies centralise ces connaissances accumulées. Plus de 18 000 objets répartis sur différents sites témoignent de cette longue tradition de recherche. Le Pôle d’Interprétation de la Préhistoire, créé en 2002, poursuit cette mission pédagogique en rendant accessibles au grand public les découvertes scientifiques.
Un héritage vivant qui continue de se révéler
La vallée de la Vézère n’a pas fini de livrer ses secrets. En 2005, la découverte de Combarelles III a étendu la galerie ornée de 50 mètres supplémentaires. En 2023, de nouvelles gravures ont été mises au jour à Font-de-Gaume, prouvant que même les sites les plus étudiés recèlent encore des trésors cachés. Le gisement du Regourdou à Montignac continue d’alimenter les recherches sur les rapports entre Néandertal et Sapiens.
Cette concentration exceptionnelle de sites préhistoriques résulte donc d’un faisceau de facteurs : ressources naturelles abondantes, conditions d’habitat idéales, conservation remarquable et tradition scientifique continue. La vallée de la Vézère demeure un laboratoire vivant pour comprendre nos origines, attirant chaque année des milliers de visiteurs désireux de renouer avec leurs racines préhistoriques.